Nutrition
Une alimentation tardive par rapport au chronotype est associée à une moins bonne santé métabolique
Une étude a évalué la relation entre l'apport alimentaire et le chronotype individuel, montrant qu'une plus grande désynchronisation entre les deux est associée à des altérations du métabolisme du glucose et à des niveaux plus élevés d'adiposité.
Dans l'ensemble, ces données suggèrent que la synchronisation des horaires des repas avec l'horloge biologique pourrait être un outil permettant d'améliorer la sensibilité à l'insuline et de réduire le risque cardiométabolique. Certaines limites de l'étude sont sa conception observationnelle, l'utilisation de registres auto-déclarés et l'exclusion des personnes atteintes de pathologies, ce qui restreint la généralisation des résultats. Par conséquent, bien que les associations soient cohérentes et que la caractérisation des mécanismes chronobiologiques dans la santé métabolique soit solide, des études expérimentales évaluant de manière prospective des interventions chrononutritionnelles adaptées au profil génétique et métabolique individuel sont encore nécessaires.
PHYSIOPATHOLOGIE ET MÉCANISMES
L'activité des cellules de notre organisme n'est pas constante, elle suit des cycles horaires d'activation plus ou moins intense. Ce système circadien est coordonné par une horloge centrale située dans l'hypothalamus, sensible aux cycles de lumière et d'obscurité, et par des horloges périphériques présentes dans presque tous les organes et tissus, qui suivent leurs propres rythmes endogènes modulés par l'horloge centrale et d'autres aspects physiologiques. Les horloges périphériques réagissent de manière marquée aux horaires des repas, de sorte que manger tard ou à des heures irrégulières perturbe la synchronisation circadienne des cellules, des hormones et des organes, un phénomène connu sous le nom de chronodisruption. La perturbation des horaires de repas et les repas tardifs ont été associés à des troubles endocriniens, à une altération du métabolisme du glucose, à une augmentation de l'adiposité et à un risque accru de maladies cardiométaboliques. Cependant, les perturbations ajustées au niveau du chronotype individuel ont été moins étudiées.ÉTUDE
Une étude récente (Vahlhaus et al., 2025) a analysé l'impact métabolique des horaires des repas et du chronotype individuel. Elle a porté sur 46 paires de jumeaux et de faux jumeaux, âgés de 18 à 70 ans, dont les horaires des repas ont été analysés pendant cinq jours consécutifs. Le chronotype a été déterminé à l'aide du questionnaire de chronotype de Munich, et la synchronisation circadienne a été estimée en utilisant la différence entre le point médian de l'apport énergétique quotidien et le point médian du sommeil. Les paramètres glycémiques, anthropométriques et de composition corporelle ont été évalués par absorptiométrie biphotonique à rayons X et une surcharge orale de glucose a été réalisée pour mesurer la réponse métabolique. De plus, l'héritabilité des habitudes de sommeil et d'alimentation a été calculée.PRINCIPAUX RÉSULTATS
Les résultats ont montré une détérioration de la santé métabolique à mesure que l'écart entre les horaires des repas et le chronotype individuel augmentait. Plus précisément, plus le décalage entre l'heure à laquelle la moitié de l'apport calorique était consommée et le milieu du cycle de sommeil était important, plus la sensibilité à l'insuline était faible, avec des taux d'insuline à jeun plus élevés, une plus grande résistance à l'insuline et des niveaux d'adiposité abdominale plus élevés. Les altérations du métabolisme étaient significatives même après ajustement en fonction de l'âge, du sexe, de l'apport énergétique quotidien et de la durée du sommeil. En revanche, atteindre le point médian de l'apport calorique quotidien à un stade précoce du cycle circadien individuel était associé à un meilleur profil glycémique, à un indice de masse corporelle plus faible et à une plus grande capacité des cellules bêta pancréatiques. Les participants ayant un chronotype tardif avaient tendance à concentrer leur consommation à des heures plus tardives, renforçant ainsi le lien entre chronobiologie et alimentation, et montrant à divers égards une héritabilité significative, ce qui démontre la prédisposition génétique des habitudes alimentaires.CONCLUSION ET PERTINENCE CLINIQUE
Cette étude renforce le rôle du rythme circadien dans le métabolisme glycémique, au-delà de la qualité et de la quantité des aliments dans l'alimentation. La désynchronisation entre l'alimentation et le chronotype pourrait constituer un mécanisme métabolique commun à différentes pathologies. Ces résultats soutiennent les stratégies alimentaires personnalisées en fonction du chronotype, en particulier chez les personnes ayant un chronotype tardif. Ainsi, avancer la consommation énergétique peut être une mesure préventive contre la résistance à l'insuline, qui est associée au développement du diabète, de l'hypertension, de l'adiposité, du risque cardiovasculaire, etc. La moindre efficacité de l'insuline en fin d'après-midi et l'interférence de la mélatonine nocturne avec sa signalisation pourraient expliquer la détérioration glycémique observée chez les personnes présentant un point calorique moyen plus tardif.Dans l'ensemble, ces données suggèrent que la synchronisation des horaires des repas avec l'horloge biologique pourrait être un outil permettant d'améliorer la sensibilité à l'insuline et de réduire le risque cardiométabolique. Certaines limites de l'étude sont sa conception observationnelle, l'utilisation de registres auto-déclarés et l'exclusion des personnes atteintes de pathologies, ce qui restreint la généralisation des résultats. Par conséquent, bien que les associations soient cohérentes et que la caractérisation des mécanismes chronobiologiques dans la santé métabolique soit solide, des études expérimentales évaluant de manière prospective des interventions chrononutritionnelles adaptées au profil génétique et métabolique individuel sont encore nécessaires.
#chronobiologie #chrononutrition #chronotype #chronodisruption
Références:
Vahlhaus, J et al, 2025. Later eating timing in relation to an individual internal clock is associated with lower insulin sensitivity and affected by genetic factors. eBioMedicine, 116, 105737. https://doi.org/10.1016/j.ebiom.2025.105737
* Les actualités publiées sur les études ne représentent pas une position officielle de l'ICNS, ni une recommandation clinique.


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